« Un million de personnes dans une prison physique bombardées
par des armes fournies par la Grande-Bretagne et les Etats-Unis.
Je ne peux concevoir rien de plus dégoûtant que
ce à quoi nous assistons sur nos écrans présentement. »
J. Corbyn
« Je ne crois pas qu’Israël va s’arrêter avant d’être convaincu
d’avoir mené à terme le travail commencé en 1948. »
Max Blumenthal, éditeur de The Grayzone
L’enjeu de ce bloc est multiple. Il s’agit d’y penser la question palestinienne, enjeu majeur pour toute pensée animée par l’émancipation. Elle est aujourd’hui, peut-être, sinon le, en tout cas un cas emblématique de l’échec de l’émancipation promise par la modernité. En tout cas un des plus parlants. C’est dans l’horizon, sous la lumière de l’émancipation qu’il s’agit de le penser en tant qu’échec exemplaire. Qu’est-ce qui n’a pas marché et pourquoi ? Une deuxième dimension de l’effort entrepris ici est qu’il s’agira de cerner cette question non tant en elle-même, que telle qu’elle se donne à nous dans le regard porté sur elle depuis ailleurs ; plus précisément, depuis un ailleurs déterminé. Le plus souvent, il s’agira du nôtre. Du point de vue que nous portons sur cette question. Qu’en apprenons-nous ce faisant ? mais aussi que sommes-nous susceptibles d’apprendre sur nous à l’examen de notre regard.
Deux nous distincts, relevons-le : celui que « nous » sommes, « spontanément », en vertu d’une appartenance à une histoire, à un espace-temps déterminé dont « je » reprends, par simple osmose progressive, la langue, les coutumes, les préjugés, les modes, les goûts, les jeux, les ambitions, les « rêves », etc., etc. Le second, c’est celui qui, se sachant partie de ce nous – aux frontières difficiles à tracer – s’attache, non pas tant à le mettre à distance qu’à l’objectiver, le nommer au moins dans certains de ses « caractères ». Entrer ainsi dans un nous spectateur et analyste de lui-même, s’attachant à élucider tant que faire se peut, ce qui le constitue et le meut. Afin de mieux se comprendre, de mieux cerner ce qui fait ce « nous » auquel, quoi qu’on en ait, nous restons et resterons attaché par tous les fils de notre être. Lucidité n’est pas ici distance, regard sur ce nous comme si nous pouvions ne plus l’être.
En somme, regarder notre regard sur la question palestinienne et nous efforcer d’en apprendre quelque chose … sur ce qui constitue notre regard, le construit, l’entretient.
Quand je dis « nous » ici, ce n’est pas de « moi » dont il s’agit. Même si, bien sûr, je participe de « nous ». Mais en participer ne veut pas dire s’y confondre. Méthodologiquement, le corollaire de ce geste de se diriger vers « notre regard » sur X signifie qu’aucun discours issu de « nous » n’est à privilégier ou à exclure. Dit de manière brutale, anything goes. Disons, pour nuancer le propos, que tout discours en tant qu’il vise la chose et se rapporte à elle à partir de son enjeu en dit forcément quelque chose. Quelque chose qui touche à elle telle qu’elle affecte, impacte le regard et son discours. Et qu’est-ce que ce discours sur la chose dit de notre rapport à l’émancipation, en tant qu’exigence universelle d’un « amour révolutionnaire entre les peuples » (Bouteldja).
La condition adoptée ici pour retenir un discours comme point de départ de notre analyse est qu’il soit chargé d’enjeu pour son locuteur ; et du coup révélateur d’où il parle et comment, à partir de ce site, il cerne ce qu’il en est pour lui de la chose dont il parle. Le point de vue ici n’est donc pas celui de la « chose en soi », à supposer qu’un tel accès soit seulement possible. De fait, nous ne le visons même pas. Nous ne voulons pas savoir « l’en soi » de la société palestinienne, à supposer que cette formule ait un sens. Ce que nous voulons, c’est mettre au jour le sens, la portée de la Palestine pour nous qui en parlons ; et encore une fois, dans la perspective de l’émancipation. De la nôtre aussi bien que de la leur.
A ce stade, il serait logique qu’on me demande ce que j’entends par « émancipation », que j’en donne le concept. C’est clairement me mettre au défi : si tu sais même pas définir ton point de vue, comment peux-tu seulement entamer ton propos vu la centralité de cet enjeu dans ce que tu as défini préalablement ? A défaut de produire ce concept, je ne serais pas « sérieux », conséquent. A quoi je répondrai que je souhaite ne pas enfermer l’émancipation dans une camisole de force qui justifierait toutes les répressions et contraintes nécessaires pour son advenue et son maintien. Un peu à la mode Pitesti. D’un autre côté, ma conviction s’est renforcée qu’il y a des conditions antinomiques avec l’émancipation en tout temps et tout lieu. Il importera, en temps et en lieu, évidemment de tenter de les mettre à plat comme ce qui doit être évité à tout prix en tant que strictement incompatible avec toute conception universaliste plausible de l’émancipation. En sorte que mon point de départ sera moins ce qu’est l’émancipation que ce qui, a minima, lui est antinomique. Et il s’agira pour moi, moins de le penser abstraitement qu’au travail de décryptage de situations.
Tenter en somme, une philosophie politique de la liberté comme émancipation en prenant pour point de départ des « dits » en situation ; et s’y mettre en quête de l’émancipation comme enjeu.
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